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Larcin
- Saint Augustin
9. Le larcin est condamné par votre loi
divine, Seigneur, et par cette loi écrite au coeur des hommes,
que leur iniquité même n’efface pas. Quel voleur
souffre volontiers d’être volé? Quel riche pardonne
à l’indigent poussé par la détresse?
Eh bien! moi, j’ai voulu voler, et j’ai volé
sans nécessité, sans besoin, par dégoût
de la justice, par plénitude d’iniquité; car
j’ai dérobé ce que j’avais meilleur, et
en abondance. Et ce n’est pas de l’objet convoité
par mon larcin, mais du larcin même et du péché
que je voulais jouir. Dans le voisinage de nos vignes était
un poirier chargé de fruits qui n’avaient aucun attrait
de saveur ou de beauté. Nous allâmes, une troupe de
jeunes vauriens, secouer et dépouiller cet arbre, vers le
milieu de la nuit, ayant prolongé nos jeux jusqu’à
cette heure, selon notre détestable habitude, et nous en
rapportâmes de grandes charges, non pour en faire régal,
si toutefois nous y goûtâmes, mais ne fût-ce que
pour les jeter aux pourceaux : simple plaisir de faire ce qui était
défendu.
Voici ce coeur, ô Dieu! ce coeur que vous avez vu en pitié
au fond de l’abîme. Le voici, ce coeur; qu’il
vous dise ce qu’il allait chercher là, pour être
gratuitement mauvais, sans autre sujet de malice que la malice même.
Hideuse qu’elle était, je l’ai aimée ;
j’ai aimé à périr; j’ai aimé
ma difformité; non l’objet qui me rendait difforme
, mais ma difformité même, je l’ai aimée
! Âme souillée, détachée de votre appui
pour sa ruine, n’ayant dans la honte d’autre appétit
que la honte!
Saint Augustin, "Larcin"
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